Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants qui ont fui leur pays arrivent en Belgique pour demander l’asile. Ils sont à la recherche de protection, dans un pays sûr. Selon la loi belge, ils ont droit à un accueil digne. Or, depuis l’été 2008, ce droit n’est plus assuré pour tous. Le réseau d’accueil des demandeurs d’asile est saturé. Plusieurs milliers d’entre eux se retrouvent dans des structures inadaptées, à la rue, ou sont hébergés à l’hôtel, livrés à eux-mêmes.
Cette saturation sans précédent du réseau d’accueil est due à la conjugaison de différents facteurs.
Avant 2007, les demandeurs d’asile étaient pris en charge en aide matérielle uniquement durant la période de recevabilité de leur demande. La nouvelle « loi accueil » prévoit d’organiser cet accueil durant l’ensemble de la procédure d’asile. Avec comme conséquence, l’augmentation du nombre de places nécessaires dans les structures d’accueil.
De plus, la crise du logement et la difficulté de réintégrer le tissu social, pour des personnes ayant souvent passé plusieurs années dans les structures d’accueil, ralentissent leur sortie du réseau. Sans compter le fait que, jusqu’il y a peu, les demandeurs d’asile n’avaient pas le droit de travailler, ce qui les empêchait de devenir autonomes et de subvenir à leurs besoins. En 2007, l’occupation du réseau à 90 % a permis d’ouvrir l’accueil à de nouveaux publics : notamment les enfants mineurs en séjour irrégulier (avec leurs parents), qui ont droit à la protection selon la Convention des droits de l’enfant.
Par ailleurs, l’importance d’avoir un séjour légal (et donc, notamment, d’avoir introduit une demande d’asile) pour rentrer dans les critères de régularisation de l’opération qui a eu lieu du 15 septembre au 15 décembre 2009, a probablement entraîné une augmentation du nombre de demandes. Avec pour conséquence un accroissement du nombre de bénéficiaires de l’accueil.
Enfin, une augmentation importante du nombre de demandes d’asile s’observe au niveau européen. Une augmentation dont la cause se trouve dans les conflits persistants dans des pays tels que l’Afghanistan ou l’Irak.
Ces différents facteurs et la véritable crise qu’ils ont engendrée font que, depuis bientôt deux ans, des hommes, des femmes et des enfants qui ont dû quitter leur pays ne reçoivent ni l’accueil ni l’accompagnement auxquels ils ont droit.
À travers ce dossier, nous avons souhaité donner la parole aux demandeurs d’asile, bénéficiaires de l’accueil. À ces témoignages s’ajoutent ceux de responsables politiques, d’acteurs de terrain ou de citoyens touchés par cette crise et qui tentent, chacun à leur manière, d’y apporter une réponse.